Nous arrivons à la quatrième saison de notre cycle en cinq parties consacrées aux grandes phases de la vie humaine. Après avoir célébré l’amour sous toutes ses formes, nous nous penchons lors de ce quatrième volet sur la dernière partie de la vie humaine, celle de la vieillesse.
Plus encore que les autres phases, cette période présente ses avantages et ses inconvénients. Elle peut parfois s’avérer plus difficile et laborieuse sur le plan physique et mental. Mais elle peut également être synonyme de liberté, de détachement et d’acceptation, d’accès à la maturité, à la maîtrise et à la compréhension. En d’autres termes, c’est une période de sagesse.
C’est pourquoi nous portons une attention particulière aux œuvres créées par un artiste au sommet de son art, à la transmission de la connaissance – notamment lors de masterclasses –, et aux projets centrés sur la mise en présence de plusieurs générations et sur leur enrichissement mutuel. Zilver, le premier festival thématique de la saison, se concentre sur l’aspect positif, sur cette force vitale que l’on ressent également, et parfois même davantage, durant cette phase de la vie.
C’est précisément l’angle de la conversation entre le philosophe de la saison et professeur en psychologie Paul Verhaeghe et le journaliste néerlandais Roek Lips, dans laquelle chacun aborde à partir d’extraits la sagesse et les moments formateurs de la vie. On retrouve cette même vitalité chez Birgit Keil, une prima ballerina de 81 ans partageant la scène avec un partenaire de 50 ans son cadet. Il en va de même pour i, dans lequel Anne Teresa De Keersmaeker reprend dans une version particulière son spectacle emblématique avec un groupe de 20 danseuses réparties sur cinq (!) générations. L’opéra de Strauss Le Chevalier à la rose met quant à lui l’accent sur la sagesse : la Maréchale voit son amant la quitter pour une femme plus jeune, mais parvient à accepter la situation. On reste dans le répertoire chanté avec Harvest : des chanteurs à la voix patinée par les années interprètent avec élégance de toutes nouvelles œuvres d’artistes tels qu’Annelies Van Parys.

‘À un moment donné de la vie, on commence à regarder davantage en arrière qu’en avant.’
Il n’en reste pas moins que vieillir n’est pas toujours une partie de plaisir, et que l’âge peut avoir un impact important sur le corps et l’esprit. C’est également un aspect que nous ne voulons pas ignorer. Dans Rimpelingen (« Rides »), nous nous attardons sur la manière dont est vécue la vieillesse et sur le rôle que peut jouer l’art durant cette période de la vie. Ainsi, le ténor Marco Beasley apporte son témoignage sur les conséquences du vieillissement sur sa voix et son travail. Dans l’installation de danse sensorielle de Christian Bakalov, on éprouve physiquement la sagesse acquise et les années passées. Si l’on parle de vieillissement mental, on peut également aborder la démence. Fort d’une grande expertise et d’une programmation spécifique au Concertgebouw, le festival porte une attention particulière au sujet.
Dans Serieus Curieus, Elke Poppe, directrice musicale de la chorale inclusive brugeoise Cantare Continua, s’entretient avec le gérontopsychiatre Mathieu Vandenbulcke des effets bénéfiques du chant sur le cerveau. Des personnes atteintes de démence se produisent elles-mêmes sur scène lors d’un concert spécial pour trois pianos et électronique de Mark Fell, Kris Defoort et Pierre Slinckx. Enfin, vous pourrez entendre l’impressionnant May de l’un des plus grands compositeurs des Pays-Bas, Louis Andriessen, œuvre grandiose composée alors que celui-ci souffrait déjà de démence.
Les souvenirs sont également l’axe principal de notre dernier festival thématique, Wat blijft (« Ce qu’il reste »). À un moment donné de la vie, on commence à regarder davantage en arrière qu’en avant. Le sentiment qui nous habite – bonheur ou amertume – dépend sans aucun doute de ce que l’on a réalisé ou non. Cette fois, le philosophe de la saison Paul Verhaeghe s’entretient avec le réalisateur de théâtre et créateur de podcasts Johan Terryn sur les moyens de ne pas rester bloqué dans ce passé, et d’être au contraire totalement disponible au moment présent. Porter sur le passé un regard mélancolique, c’est ce que font Rachmaninov et Medtner, deux compositeurs qui ont dû quitter leur patrie à cause de la révolution russe et qui, en exil, ont traduit en musique de manière contemplative la nostalgie de leur pays. La mélancolie est également omniprésente chez Sofie Vanden Eynde, dont l’ensemble nous fait entendre toute la nostalgie présente dans le répertoire de John Dowland et la musique populaire arménienne, avec la sonorité mélancolique typique du duduk. Dans Herencia Viva, Alvaro Murillo prend également comme point de départ un passé révolu, plus précisément celui du flamenco espagnol, mais le catapulte résolument dans le présent avec une interprétation tout à fait actuelle de cet héritage particulier.
Si le Concertgebouw est seulement dans la vingtaine, il a atteint la maturité il y a de nombreuses années. 2027 marque une année particulière dans son histoire : nous fêterons nos 25 années d’existence en février ! Il est évident que nous comptons célébrer cet anniversaire comme il se doit. Nous avons émaillé notre programme d’interprètes, d’œuvres et de compositeurs fêtant eux aussi un anniversaire et qui partageront donc avec nous cette célébration. De Philip Glass (90 ans), à Beethoven (disparu il y a 200 ans) en passant par Zefiro Torna (30 ans), Bert Joris (70 ans), La Passion selon saint Matthieu de Bach (300 ans), Philippe Herreweghe (80 ans), What The Body Does Not Remember de Wim Vandekeybus (40 ans)...
Pas d’anniversaire sans fête digne de ce nom. Et fête il y aura ! Au cours du week-end où le Concertgebouw soufflera ses 25 bougies, nous vous proposons pas moins de 25 heures de spectacle sans interruption, dans le cadre d’un festival très particulier proposant un programme pour tous les goûts !
« Plus encore que les autres phases de la vie, la période de la vieillesse présente ses avantages mais également ses inconvénients. Cependant, elle peut aussi être synonyme de liberté, de détachement et d’acceptation, d’accès à la maturité, à la maîtrise et à la compréhension. »
À travers son cycle thématique quinquennal, le Concertgebouw observe les grandes étapes de la vie au fil de cinq saisons.
C’est le grand retour de Beat it!, notre festival de percussions proposant des projets passionnants pour des percussions des quatre coins du monde et de diverses époques.
Lors de cette saison, vous retrouverez bien sûr à l’affiche plusieurs formules et noms familiers. Entièrement axée sur l’écoute active et consciente, la Deep Listening Night, accueillera cette fois dans le rôle principal les flux (d’air) lors de six concerts courts, très variés et fascinants.
December Dance sera une fois de plus l’occasion de découvrir le meilleur de la danse contemporaine, entre autres avec plusieurs premières belges et mondiales passionnantes. Alexander Vantournhout ouvrira le festival avec une toute nouvelle création.
En phase avec le thème de la saison, une série de chefs-d’œuvre de Bach, composés alors que celui-ci était au sommet de son art, seront au centre de la Bach Academie Brugge, notre festival mettant à l’honneur le Collegium Vocale Gent.
Enfin, le Budapest Festival Orchestra et Iván Fischer feront une nouvelle apparition en mai, en bonne compagnie avec Nicolas Altstaedt et Alexandre Kantorow.
Avec ses 75 printemps, Ivan Fischer est également l’incarnation du thème de la saison, dont la meilleure formulation serait probablement « la vieillesse n’a pas d’âge ». C’est précisément ce que le photographe de la saison Philippe Herbet est parvenu à capturer dans une série de clichés sérieux… ou pas.
Je vous souhaite une excellente saison au Concertgebouw !
Alexander Jocqué
Directeur artistique